RETRAITES : UN MODELE DE SOCIETE A DEFENDRE
Chacun d’entre vous pourra lire dans les pages suivantes les derniers développements autour de la question de ce qu’il faut bien appeler la « contre-réforme » des retraites.
Si la journée du 7 septembre a rassemblé près de 50 000 personnes à Lille et presque 3 millions de personnes au plan national, c’est que cette réforme injuste et inefficace n’est pas fondée sur une logique sociale mais est essentiellement dictée par une politique économique restrictive.
En effet, la finalité est de réduire les dépenses publiques et sociales afin de donner satisfaction aux attentes des marchés financiers.
Pour FO, voter un tel texte serait, d’une part, reconnaître implicitement une subsidiarité
impuissante vis-à-vis des marchés financiers et d’autre part, remettre en cause le pacte social et républicain pour satisfaire aux exigences d’un modèle économique, financier et monétaire qui est précisément à l’origine de la crise.
Pire encore, rien ne parvient à masquer le véritable enjeu sous-jacent à ce débat, c’est à dire le changement radical de modèle de société qui transparaît en filigrane et que l’on voudrait nous imposer. Car c’est bien de cela dont il s’agit finalement : faire basculer, insidieusement mais résolument, notre pays du collectif à l’individuel, du modèle républicain vers une société à l’anglo-saxonne, où les inégalités sont érigées en principe vertueux car elles seraient l’un des moteurs de l’économie de marché…
Loin de nous l’intention de céder à la tentation du commentaire politique : FO ne transige pas avec ses principes fondamentaux : liberté et indépendance vis-à-vis de toute idéologie.
Néanmoins, force est de constater que les combats sociaux qui font partie intégrante de notre zone de compétences sont lourdement impactés par des phénomènes plus larges, de nature sociétale, notamment :
- la révision générale des politiques publiques dont l’objectif est d’«assécher» tous les services publics et d’offrir au secteur privé les « marchés » correspondants, au détriment notoire de l’usager qui devient client, confronté classiquement à un service dégradé et plus onéreux,
- un déséquilibre manifeste dans la répartition des richesses entre capital et travail : toujours plus de dividendes versés aux actionnaires, toujours moins pour l’investissement et les salaires, avec un impact évident sur nos régimes de protection sociale,
- la réduction drastique des déficits publics et des budgets dits « sociaux » (retraites, chômage, assurance maladie) sous l’angle exclusivement comptable, alors que c’est bien la composante humaine qui avait présidé à leur création,
- le contrôle du budget national par les marchés financiers internationaux et l’inconcevable tyrannie des fameuses « agences de notation »
- une collusion notoire entre le pouvoir en place et le « monde de l’argent », créant cette politique de caste qui saute désormais aux yeux de chacun… et rend toute réforme suspecte.
A l’évidence, sans nous fourvoyer dans un jugement politique qui ne relève pas de notre responsabilité, nous devons néanmoins constater un changement radical de société qui épargne les puissants et pressure les classes moyennes et défavorisées.
Nous pourrions multiplier les exemples pour illustrer ce propos mais notre combat pour la défense de la retraite par répartition nous amène à affirmer qu’un autre schéma de financement est possible, notamment dans le cadre d’une réforme globale de la fiscalité.
Enfin, malgré les envolées lyriques des pseudo-sauveurs de la retraite par répartition, on
constate, en ce domaine comme partout ailleurs, que l’on ouvre un boulevard à la
retraite par capitalisation. Non seulement cette formule a déjà
ruiné des cohortes d’épargnants, notamment aux Etats-Unis, mais elle est en contradiction absolue avec notre modèle social et républicain.
A nous de le défendre, au-delà des retraites, en affirmant que les valeurs, y compris sociales, de la République sont supérieures aux contingences économiques et ne sont pas solubles dans les marchés.
Publié par fopharma5962