Depuis de nombreux mois, l’actualité sociale est en première ligne pour les raisons que nous connaissons tous (trop) bien. Lorsque celle-ci franchit la frontière avec les faits divers, elle devient révélatrice d’un profond déséquilibre sociétal dont personne ne peut affirmer qu’il est à l’abri.
On a beaucoup entendu parler des 25 suicides en 18 mois touchant les salariés de France Télécom mais beaucoup moins de l’étude portant sur les suicides au travail, menée par la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM), pour lesquels elle a reçu, de janvier 2008 à juin 2009, des demandes de reconnaissance comme accidents du travail. Selon cette étude, 28 demandes sur 72 ont donné lieu à une reconnaissance officielle.
Tout ceci met évidemment en pleine lumière les mutations profondes et délétères que subit le monde du travail depuis plusieurs années. Nous n’avons pas vocation à nous livrer ici à de fines analyses socio-économiques mais il est intéressant d’élargir notre vision des choses, notamment lorsque l’actualité nous donne les outils pour le faire.
Le reportage s’intitulant « La mise à mort du travail », diffusé fin octobre sur France3, est le fruit de trois années d’enquête et d’immersion dans quelques grandes entreprises. Il nous est confirmé que le « putsch » des marchés financiers sur les capitaux des entreprises a engendré de nouvelles organisations du travail. Pour répondre aux exigences boulimiques des actionnaires, les dirigeants n’ont d’autre marge de manœuvre que de pousser les salariés à leurs limites, voire au-delà. Ces trois films ont permis de suivre le destin d’employés, dirigeants et actionnaires. Entretiens de recrutement, séminaires de formatage psychologique, fête annuelle mais aussi licenciements, conseil des Prud’hommes et consultations dans un service de souffrance au travail… sont autant de moments forts qui exposent clairement les nouvelles organisations du travail, les relations de manipulation, les jeux de pouvoir, l’isolement et les souffrances psychologiques et même physiques qui en découlent.
Si l’augmentation des dividendes versés aux actionnaires résulte d’une pression croissante qui pèse sur les salariés, n’oublions pas que ce sont nos régimes de protection sociale qui financent la prise en charge des pathologies que provoquent ces nouveaux modes de gestion inhumaine des ressources humaines ! On peut donc considérer que le salaire différé des salariés finance en partie les profits des actionnaires : une véritable et indécente « double peine ».
Naturellement, le classique réflexe auto-protecteur de notre cerveau reptilien pousse la majorité d’entre nous à rentrer la tête dans les épaules et penser que « ça n’arrive qu’aux autres ». C’est probablement pour cela également que la syndicalisation n’est pas aussi importante que nous le souhaiterions : pour se syndiquer, il faut non seulement avoir une certaine idée de la solidarité (pour les puristes) mais aussi s’imaginer ayant besoin d’une aide en cas de problèmes… idée que l’on a tendance à vouloir fuir !
Pour autant, sans généralisation outrancière, nombreux sont les salariés de la Pharmacie à avoir fait l’expérience de cette souffrance au travail, à avoir pensé naturellement à venir nous demander conseil et à avoir rejoint logiquement notre syndicat. Humiliations, vexations, reproches constants, accusations calomnieuses, non respect de la Convention Collective, modifications répétées des horaires , harcèlement ou licenciements non fondés : tels sont quelques exemples que reconnaîtront certains d’entre vous qui ont été accueillis ces derniers mois lors de notre permanence hebdomadaire. En résumé : pousser à la démission ou à la faute pour licencier sans frais.
Etre contraint d’adopter une attitude servile, de remiser ses droits au placard ou d’abandonner sa dignité au travail sont autant de déviances intolérables : c’est revenir à Germinal, à une conception féodale du monde du travail.
Avoir face à soi une personne psychologiquement détruite par les comportements indignes d’employeurs qui confondent contrat de travail et servage, c’est percevoir concrètement, loin des théories absconses, le quotidien peu enviable de certains d’entre nous.
Pour un militant syndical, c’est l’occasion d’aider les adhérents de la façon la plus palpable en leur apportant l’écoute, le soutien et les informations qui leur permettent de faire face et reprendre pied.
Vous qui avez vécu ces moments si pénibles : n’hésitez pas à faire savoir à vos collègues que votre syndicat vous a aidé, épaulé et renseigné.
Vous qui vivez, peut-être en ce moment, ce genre de situation : nous sommes à votre disposition : ne restez pas seuls dans la détresse !
La lutte contre toute forme d’injustice sociale n’est-elle pas le moteur profond de tout syndicaliste ?
Olivier CLARHAUT